Notre métier : enseigner la dignité, enseigner la solidarité...

« Ce que nous avons fait mardi dernier rue Rampal, beaucoup d’autres l’auraient fait de la même manière. Il ne s’agit là que du devoir de protection des enfants et de leurs familles et de celui de résistance pacifique à une forme d’oppression. » (Valérie Boukobza, directrice de l’école maternelle Rampal)

Au lendemain d’une semaine de rafles de sans-papiers dans les 18 et 19ème arrondissements, après la mise en garde-à-vue de notre collègue Valérie Boukobza, directrice de l’école maternelle Rampal, nous, parents d’élèves et personnels de l’éducation, tenons à exprimer toute notre colère, notre écoeurement et surtout notre pleine et active solidarité.

Chaque matin, parents, élèves et enseignants se saluent sous une même devise, inscrite au fronton des écoles : liberté, égalité, fraternité. Ces principes, devenus si familiers que nous passons devant sans plus les voir, ne signifient rien s’ils ne sont défendus en acte, tous les jours.

Nous, parents d’élèves, sommes fières de confier nos fils et nos filles à des individus pour qui l’éducation, ne se limitant pas à la seule transmission de savoirs, consiste avant tout à enseigner la dignité et la solidarité.

Nous, personnels de l’éducation, réaffirmons que notre première mission est de protéger nos élèves de la peur, de la violence et de l’injustice.

Nous, personnels de l’éducation, réaffirmons que les connaisances et la culture que nous avons pour tâche de transmettre n’ont de sens que mises au service de l’humaine condition (avec ou sans papiers) et de l’émancipation, individuelle et collective.

Contrairement aux propos tenus par notre hiérarchie (que l’on aurait préféré voir à nos côtés plutôt que contre nous) cette mission ne s’arrête pas à la porte de nos écoles, elle ne s’interrompt pas à la sonnerie de 16h30.

Enseigner à tous et toutes, en parole et en acte, le respect de la personne humaine et le devoir de résistance lorsqu’elle est menacée, telle est notre conception du métier d’éducateur. Pour l’avoir oublié, d’autres fonctionnaires, dans le passé, ont mérité l’opprobre. Nous ne voulons pas être de ceux-là.

Le combat pour la protection de tous les enfants sans-papiers et de leurs familles est non seulement un droit mais aussi un devoir. En dépit de la répression, en dépit de la trahison de notre hiérarchie, nous continuerons à exiger la régularisation de tous les sans-papiers. Nous ne nous tairons pas, nous ne laisserons pas l’histoire bégayer.

Premiers signataires : SDEN-CGT 78, SUD éducation 78, CNT éducation 78...