Récit sur place

Préfecture de Versailles : une honte qui perdure

(actualisé le ) par Webmestre de RESF78

Les conditions d’accueil à la Préfecture de Versailles continuent à être honteuses pour notre pays : il est temps que ça cesse !!! Voici le récit de deux militantes venues constater sur place la situation catastrophique...

Accueillies par 3 policiers en faction devant la préfecture, Françoise et moi, comme les autres matins, avons commencé par compter la file d’attente à 8h30 : 180 personnes au moins ; certains ont couché dehors et il a beaucoup plu cette nuit : 2 chaises et 1 tabouret abandonnés sur place ont permis à 3 femmes de s’abriter un peu ; ce matin, il fait encore gris, pluvieux et très frais ; dans les 50m clos par la barrière, la plupart sont arrivés entre 3h et 6h du matin. A partir de 8h30, les personnes entrent par fournée de 10 ou 20, plus vite que les autres jours ; à 10h, la file va encore jusqu’à la place A. Damien, ce qui signifie à peu près 250 à 300 personnes pour la matinée mais à 11h, la file est résorbée.

Nous avons retrouvé des gens qui avaient déjà fait la queue hier, entre autre, une jeune femme algérienne prof de sciences à l’université de St Quentin et dans d’autres établissements : le « guichet scientifique », censé recevoir les « scientifiques » est fermé le vendredi , elle reviendra lundi matin avec l’intention de partir l’an prochain en Grande-Bretagne ou aux USA, plus accueillants pour les chercheurs ;quant à son père, hospitalisé pour une grave « maladie orpheline », le certificat médical du mois d’aout n’est plus valable ! une femme qui vient renouveler sa carte d’un an nous dit passer à chaque fois 4 mois à régler ce problème qui la stresse ; en sortant, elle n’a pas de RV : elle doit revenir lundi et nous demande le soutient du RESF ; des jeunes de 18 à 24 ans, nous voyant avec notre badge RESF, nous disent qu’ils ne peuvent plus faire leurs études ; nous demandons si des femmes avec enfants peuvent entrer plus vite : le « chef » en fait passer une mais pour l’autre, l’enfant est trop grand (environ 18 mois !) ; quelques autres motifs d’attente : changements d’adresse, mariages avec des français (contraints et révoltés d’une si longue attente dehors),demandes de renseignements, de cartes professionnelles, et comme toujours des demandes de récépissé de 3 mois, ou de renouvellement d’un an d’une carte de séjour ; une joie enfin : une femme et 2 de leurs grands enfants ont obtenu la carte 10 ans, monsieur est français depuis des années !

Nous sommes entrées ensuite dans la préfecture, pour visiter les lieux ; un monde fou attend, en ligne ou assis, devant les guichets ; en discutant plus librement avec le « chef » de la porte d’entrée, nous apprenons que lundi et mardi, il n’y avait qu’un seul guichet d’ouvert (les 2 autres employés étaient en congé maladie) ce qui a expliqué l’allongement de la file et le manque rapide de tickets d’entrée ; une « rébellion » a eu lieu à l’intérieur (lundi ?) et la police a du intervenir pour faire sortir ceux qui ne voulaient pas quitter les lieux ; ce matin, les 3 guichets habituels, et un autre en plus avons-nous compris, étaient ouverts , d’où l’accueil et le traitement des dossiers plus rapidement…

Mais surtout, nous avons appris que la fermeture des guichets en début de semaine avait provoquée « l’alarme rouge » et que la préfète a été mise très vite au courant ; ainsi, son nouveau « secrétaire général », M. Girault, est venu s’assurer de la normalisation de la situation en cette fin de matinée de vendredi : quelques regards sur la petite file maintenant clairsemée … ; mais il nous a vus !

En finissant aujourd’hui notre semaine d’observation de « la file d’attente de la préfecture de Versailles », nous espérons qu’une suite sera donnée à notre initiative ; nous sommes persuadées qu’il faut demander rapidement un RV à Madame la préfète et à son secrétaire général, M. Girault (nous avons son téléphone) pour discuter de la situation qui est toujours scandaleuse. Et surtout, que nous y allions à plusieurs associations réunies autour des sans-papiers, en préparant à fond notre dossier et nos « cas », avec l’aide de spécialistes et d’accompagnants, admirables d’abnégation, de savoir et d’expérience.

Puissions-nous être entendues de beaucoup !

Catherine et Françoise

Sur le même sujet, lire l’article de Rue89 sur le même sujet, à Bobigny cette fois :

http://www.rue89.com/2010/09/24/bobigny-la-prefecture-maltraite-ses-employes-et-ses-immigres-167918